L’orthophonie humanitaire - Actions de solidarité internationale

Elisabeth MANTEAU-SEPULCHRE, Claire MAIER, Brigitte MARCOTTE. 2016. Guide de l’orthophoniste, VI. pp 237-252. Editions LAVOISIER.

Histoire d’une association (Brigitte Marcotte)

Création d’Orthophonistes du Monde en 1992

La FNO (Fédération Nationale des Orthophonistes) recevait régulièrement et depuis des années, des demandes de formation, de conseils, d’aides matérielles, émanant de professionnels ou de parents, depuis des pays où l’orthophonie n’existait pas. Ces demandes venaient d’Europe de l’Est, d’Afrique, du Liban, etc, et la FNO n’avait pas vocation à répondre à de telles demandes. C’est pourquoi, lors d’une réunion de bureau de la FNO, il fut décidé, avec beaucoup d’enthousiasme, de créer une association humanitaire en orthophonie.
C’est lors de notre première réunion que nous avons posé les jalons de l’état d’esprit qui est resté celui d’OdM : nous avons tous trouvé très important de considérer les demandeurs de mission comme des « partenaires » actifs, qui participeraient à l’organisation de la mission, non seulement en explicitant au mieux ce qu’ils faisaient, ce qu’ils souhaitaient, mais également en logeant et nourrissant les missionnés. Nous voulions les mettre ainsi sur un pied d’égalité avec nous, nous ne voulions pas être ceux qui apportent tandis que les autres reçoivent. Nous étions ainsi moins dans les rôles, nous de professeurs, eux d’élèves.
Ensuite, nous avons souhaité agir avec une grande prudence face aux demandes : nous voulions analyser, comprendre, tenter de voir à long terme les suites des missions que nous acceptions. Ne pas laisser espérer des choses que nous ne pouvions pas donner, être prudents et savoir dire non pour mieux dire oui dans de bonnes conditions.

Il faut du temps pour s’apprivoiser, et comprendre comment on peut travailler. Quand on va en mission, il faut observer ce qui se fait, s’adapter dans une certaine mesure à la culture. Un exemple : dans certains pays, les handicaps que nous rééduquons sont considérés comme une punition des puissances supérieures. On ne peut pas aborder cela de front et dire « vous vous trompez ». Il faut certes apporter des connaissances et chercher peu à peu à préciser les choses, à les rectifier dans une certaine mesure mais être toujours respectueux de la culture, des savoir-faire développés même lorsque les soubassements théoriques paraissent erronés. On ne touche pas les gens si on ne parle pas leur langage dans une certaine mesure.

Définition statutaire d’OdM

L’association a pour buts (extraits de l’article 5 des statuts) :

  • de promouvoir et de réaliser des actions de type humanitaire, de coopération, d’assistance technique, de recherche à l’étranger, et des missions d’échanges scientifiques, de formation en matière d’orthophonie-logopédie, avec les pays hors CEE qui en font la demande ;
  • d’envoyer en mission des orthophonistes […] et tout personnel technique nécessaire à la réalisation de ces missions ;
  • de sélectionner des projets scientifiques et d’aide pour des missions correspondant aux buts définis ci-dessus ;
  • de représenter la profession auprès de toute autorité compétente, nationale, européenne ou étrangère, afin de leur donner toutes garanties sur le sérieux des missions sélectionnées ;
  • de soutenir et de financer les projets retenus […]
  • d’assister les professionnels envoyés en missions ;
  • de recueillir les dons, legs, financements, parrainages et subventions, qu’ils proviennent de particuliers, d’institutions, d’associations ou d’entreprises, en vue de réaliser les buts de l’association.

L’association n’est mue que par des sentiments humanitaires et de coopération ; en aucun cas ses buts ne peuvent être lucratifs ; enfin elle s’interdit toute discussion politique, philosophique ou religieuse au sein de ses instances.

Gestion de l’association

OdM est gérée par un Comité Directeur de 10 membres bénévoles qui peuvent s’entourer de chargés de mission. Tous les membres sont bénévoles et assurent toutes les tâches de gestion. L’association n’a aucun personnel salarié.

Quelle éthique préside au fonctionnement d’une association orthophonique humanitaire ?

Une charte éthique (Elisabeth Manteau-Sépulchre)
Les principes éthiques partagés lors de la création de l’association se sont transmis lors des passages de relai au sein du Comité Directeur mais il a semblé nécessaire lors de la seconde décennie de fonctionnement de les mettre par écrit afin d’être sûrs de les faire perdurer. Dans le même temps un Comité d’Ethique composé de l’ancienne Présidente et de deux autres anciens membres du Comité Directeur était créé afin de veiller au respect de cette charte.

Préambule
• Les principes majeurs et les priorités qui président à la démarche comme au déploiement des projets d’Orthophonistes du Monde (OdM) sont précisés dans les statuts de l’association et notamment dans son article 1 : « Promouvoir des actions de type humanitaire, de coopération, d’assistance technique, de recherche et des missions d’échanges scientifiques et de formation en matière d’orthophonie avec les pays, hors UE, qui en font la demande. »
• Les demandes d’aide qui arrivent à OdM sont généralement formulées dans des termes assez peu précis dans un premier temps, mais
elles émanent toujours des partenaires potentiels et ne sont jamais à l’initiative d’OdM,
elles sont toujours liées à l’orthophonie ou à l’idée que s’en font ces partenaires,
elles ne sont jamais et ne peuvent être liées à des situations d’urgence (« catastrophes »).
• Les demandes adressées à OdM portent parfois sur la prise en charge directe des patients atteints de troubles du langage mais s’orientent de plus en plus vers des demandes de formation, initiale ou continue. Cela impose d’envoyer en mission des personnes expérimentées, voire expertes dans le domaine de compétences requis.
• En plus de la compétence professionnelle les missions nécessitent une faculté d’adaptation aux conditions humaines, culturelles et matérielles de ce travail. Les professionnels missionnés sont en situation de responsabilité dans la préparation et le déroulement de leur mission. Il est néanmoins indispensable qu’ils partagent également les valeurs et principes éthiques de l’association.
• La sélection des candidats tient donc compte de trois critères :
professionnalisme,
capacités d’adaptation,
partage de valeurs communes.
Le premier facteur est évalué en fonction du cursus professionnel des candidats, les deux autres nécessitent qu’au moins deux membres du Comité Directeur rencontrent chaque candidat avant sa sélection définitive

Les principes fondamentaux : les valeurs
Universalité :
Le droit à la communication et à l’accès aux connaissances est un droit universel.
OdM affirme que la communication et le langage sont des besoins fondamentaux dont la prise en compte ne doit pas être repoussée dans le temps, même dans les situations où de bonnes conditions de vie et le respect d’autres droits fondamentaux ne sont pas encore atteints en totalité.
Ce droit ne peut souffrir d’exceptions liées à des critères de race, d’appartenance sociale, culturelle ou religieuse, de sexe, d’âge ou de conditions de santé.
Humanité :
Les missions sont préparées et menées dans le respect des idées, de la culture et des coutumes des partenaires qui les ont demandées.
OdM ne doit pas se substituer aux pratiques professionnelles de ses partenaires, ni chercher à en imposer d’autres.
L’échange et le partenariat sont au centre des projets et des actions d’OdM.
Impartialité :
Les missions sont décidées, organisées et mises en place sans discrimination raciale, politique ou religieuse.
La sélection des candidats pour les missions doit respecter les mêmes principes d’impartialité.

Les principes fondamentaux : les principes
Indépendance
Chaque fois que cela est souhaitable et possible, les missions sont préparées et menées en partenariat avec les autres ONG intervenant dans le même secteur mais cela ne peut se faire ni au détriment du projet initial ni au détriment des principes et valeurs éthiques d’OdM.
OdM décide et organise ses missions en toute indépendance par rapport aux régimes politiques en place dans les pays où elles se déroulent et aux relations politiques entre la France (et l’Europe) et ces pays.
Engagement :
Le bénévolat est la règle pour le travail mené par les membres du Comité Directeur et celui des professionnels assurant des missions de court terme.
OdM s’engage à respecter ses engagements moraux et matériels envers ses partenaires et à faciliter le travail des professionnels missionnés.
Ces professionnels s’engagent à respecter leurs engagements vis-à-vis d’OdM (cf contrat de mission) et à respecter les valeurs éthiques de cette charte dans la préparation et le déroulement de leurs missions.
Pour chaque mission, un contrat lie OdM à ses partenaires afin qu’ils respectent les conditions d’accueil et de travail des professionnels missionnés.
Neutralité
Le Comité Directeur d’OdM et les professionnels missionnés ne peuvent prendre parti sur le terrain dans d’éventuelles dissensions entre les partenaires.
En cas de constatations de manques aux principes fondamentaux des droits de l’homme, les missionnés doivent néanmoins en rendre compte à leur retour au Comité Directeur qui prendra les décisions qui s’imposent à lui dans le respect de ses valeurs éthiques.
Transparence :
OdM s’engage à rendre à ses adhérents des comptes précis et complets concernant les actions menées et la gestion de ses finances.
OdM s’engage à donner aux professionnels partant en mission toutes les informations en sa possession sur le contexte de la mission et sur les éventuelles missions précédentes dans le même lieu ou auprès des mêmes partenaires.
Responsabilité :
OdM assume la responsabilité morale des actions décidées et mises en place.
Les professionnels missionnés sont responsables dans la gestion de leur travail en mission mais ils doivent respecter les grandes lignes du projet établi avant leur départ.
Ils ne peuvent pas prendre d’engagement au nom d’OdM.
Mise en œuvre :
Les projets de mission intègrent
la demande des partenaires,
le descriptif des actions engagées,
les recommandations et les conseils conformes à la présente charte éthique.
Information et témoignage :
Les professionnels missionnés s’engagent à remettre un rapport de mission à OdM à leur retour.
OdM veille à ce que ses actions d’information et de communication soient le reflet de la réalité tout en respectant la culture de ses partenaires et en étant vigilant à ne pas ne les mettre en difficulté ou en danger dans leur pays.

OdM est une association humanitaire (Claire MAIER)

L’humanitaire est un concept mouvant qui se définit de façon très différente aux travers des époques. L’action humanitaire telle qu’on l’entend aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la charité ou la bienfaisance prônées au siècle des lumières.
« C’est au 19ème siècle que s’ouvre l’époque de l’humanitaire dans sa double acception contemporaine : idéal de progrès social et d’égalité d’une part, action secourable organisée d’autre part » (Brauman, 1995). Apparaissent alors progressivement l’aide humanitaire d’état à état, les campagnes d’opinion en faveur d’une cause et vers la fin du 19ème la première organisation privée spécifiquement humanitaire, la Croix-Rouge.
Au cours du 20ème siècle, et particulièrement au lendemain de la seconde guerre mondiale, on assiste au sein des pays industrialisés d’Europe à une véritable explosion d’associations à but non lucratif, à vocation dite « humanitaire ».
En France, ce mouvement s’illustre par deux faits notables. Tout d’abord, une augmentation continue des masses financières, d’origine privé ou publique, collectées par ces ONG (Siméant, 2001) et la création en 1988 d’un secrétariat d’état à l’Action Humanitaire, qui prend la suite d’un secrétariat d’état aux Droits de l’Homme. Le contexte géopolitique de l’époque allié à une médiatisation toujours plus accrue de l’actualité internationale et de son cortège d’horreurs, mais aussi les détresses proches liées à la crise économique et au chômage contribuent à accroître la popularité de l’action Humanitaire. Elle entre peu à peu dans la sphère politique : la Communauté Européenne (CE) mais aussi l’Organisation des Nations Unies (ONU) se dotent d’instruments pour intervenir dans les conflits et porter secours aux populations civiles.

Est-ce l’entrée du « politique » dans l’humanitaire qui est à l’origine de la crise actuelle que traversent de nombreuses ONG ? Bien qu’étant largement plébiscitées pour les valeurs qu’elles véhiculent et les nombreuses actions qu’elles entreprennent, nous observons aujourd’hui parfois un mouvement de méfiance ou de défiance à l’égard de certaines associations. Certains dérapages – découlant des situations particulièrement complexes auxquelles les ONG sont confrontées sur le terrain – sont parfois inévitables. Il est vrai aussi qu’au cours des dix dernières années, la taille, la portée et la capacité de la société civile ont augmenté de manière significative à travers le monde, à la faveur du processus de mondialisation. (La société civile regroupe l’ensemble des entités sociales, des acteurs sociaux et des institutions - ONG, syndicats, organisations populaires, groupements de paysans, associations etc. - qui ne sont pas impliquées directement dans la gouvernance et dans la gestion des affaires publiques). A titre d’exemple, selon The World Bank, 2003, le nombre d’ONG internationales serait passé de 6000 en 1990 à 26 000 en 1999.

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont donc devenues des acteurs de la solidarité incontournables dans un monde extrêmement mouvant en termes de géopolitique, où la pauvreté n’a cessé de s’accroître dans de nombreuses régions du globe.
Les ONG sont loin d’être toutes les mêmes et leurs missions ou mode d’intervention vont découler des valeurs qu’elles prônent. On peut dire schématiquement que les ONG interviennent essentiellement dans trois grands domaines : défense des droits de l’homme, développement (Orthophonistes du Monde faisant partie de cette catégorie) ou environnement. Et ceci sur différents modes : en urgence, en post-urgence ou en « assistance technique », comme OdM. Au cœur de cette nébuleuse contemporaine, nous pouvons malgré tout repérer quelques tendances générales caractérisant assez bien le paysage actuel de « l’action humanitaire ».

Tout d’abord, l’importance toujours croissante accordée par les ONG à la médiatisation de leur action. Selon Joseph ZIMET, les actions de terrain - visant très souvent à suppléer les carences des Etats - sont de plus en plus fréquemment relayées dans des campagnes d’opinion. L’objectif n’étant pas uniquement d’informer le monde, mais aussi d’influencer les décideurs (politiques et financiers).
Le statut « d’association à but non lucratif » (loi 1901) de la plupart des ONG et la logique du bénévolat qui prévalait à l’origine, se heurte aujourd’hui à une logique « entrepreneuriale ». En effet, beaucoup d’ONG se gèrent maintenant comme de véritables entreprises. Dans un milieu où la concurrence existe réellement, les ONG se dotent d’outils, élaborent des plans d’intervention, développent des stratégies financières (appel à candidatures auprès de bailleurs de fonds nationaux ou internationaux). On note une nette « évolution vers une institutionnalisation des ONG » (Troubec, 2006). Interrogés sur leurs pratiques, les acteurs du développement sont amenés à retravailler constamment leur positionnement. Difficile effectivement de trouver la bonne distance : s’impliquer sans prendre parti, rester neutre (apolitique et areligieux notamment), agir pour la société civile, mais sans contourner les états…le grand écart est parfois difficile à tenir.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les ONG aient tendance à se professionnaliser. Elles recrutent leur personnel avec un certain niveau d’exigence en termes de qualifications. Il s’agit en effet d’avoir sur le terrain des individus compétents et performants, capables de piloter parfois de gros projets financés par des bailleurs de fonds tels que l’Union Européenne, la Banque Mondiale ou le Fond Monétaire International. Les individus doivent également être mûrs et stables sur le plan psychoaffectif, aptes à travailler en équipe et à faire face à des situations parfois rudes.

OdM n’échappe pas à cette règle. Notre association a toujours porté une attention particulière à envoyer des gens qualifiés, compétents et expérimentés dans leur domaine pour assurer des missions (raison pour laquelle nous n’envoyons pas d’étudiant en mission). Au sein du comité directeur d’OdM, nous nous interrogeons aussi sur la manière de conduire nos actions pour qu’elles répondent non seulement aux attentes de nos partenaires, mais aussi pour qu’elles s’inscrivent dans la durée et soient pérennes.
Ainsi, l’ « aventure humanitaire » des années 60 qui s’incarnait dans l’image prototypique du jeune routard en sac à dos, partant vivre une expérience (professionnelle ou non) en électron quasi-libre, n’a plus grand-chose à voir avec la réalité d’aujourd’hui.
De nos jours, partir vivre une « expérience humanitaire », c’est donc mettre à disposition ses compétences dans le cadre d’un projet bien précis. Que l’on s’engage au sein d’une grande ONG ou d’une petite association comme Orthophonistes du Monde, que cela soit en tant que salarié ou en tant que bénévole, la démarche est la même. Il est nécessaire de s’interroger en amont sur ses motivations, poser et peser son bagage professionnel pour aller à la rencontre de l’Autre avec une bonne dose d’humilité.

OdM intervient dans des pays en voie de développement (Claire MAIER)

Dès l’origine, l’association précise dans ses statuts qu’elle ne peut intervenir que « hors union européenne ». Il ne s’agit pas là d’une position discriminatoire, mais d’un choix opérationnel qui précise d’emblée la vocation de l’association à intervenir en faveur des pays les plus pauvres, dits « pays en voie de développement » (PVD) ou « pays les moins avancés » (PMA), expression plus d’actualité.
Mais que doit-on entendre derrière cette expression ? Quelles réalités cela recouvre-t-il ?
Les « pays en voie de développement » se définissent par opposition aux pays dits « développés » ou « industrialisés ». L’expression traduit la dynamique d’un pays qui doit « tendre vers » plus de développement, c’est-à-dire globalement vers de meilleures conditions de vie, selon différents indicateurs. Le principal indicateur de référence est aujourd’hui l’IDH (Indicateur de Développement Humain). Crée par le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) en 1990, l’IDH permet de classer les pays en tenant compte non seulement du niveau de vie, mais aussi du niveau d’éducation et de l’état de santé/longévité de la population.
Le but de notre propos ici n’est pas d’entrer dans des concepts socio-économiques ou géopolitiques pour caractériser ces pays que l’on désigne parfois aussi sous l’expression « pays du Sud ». La majeure partie des pays en voie de développement est en effet concentrée dans l’hémisphère sud, ce qui d’ailleurs n’est pas sans influencer nos représentations (Pays du « Nord », en haut, dominants, versus pays du « Sud », en bas, dominés).

Nous proposons d’aborder la notion de pays en voie de développement par le biais d’une grille de lecture originale et passionnante, proposée par Michalon. Dans son ouvrage, l’auteur oppose les sociétés inscrites dans une logique de précarité à celles inscrites dans une logique de sécurité. A partir d’un outil de lecture centré sur « le droit à l’erreur, l’auteur met en évidence des différences culturelles fondamentales, caractéristiques des deux types de sociétés précédemment citées.
Dans un monde précaire, les hommes sont dépourvus de marge d’action. Prendre une initiative signifie prendre des risques pouvant mettre en péril toute la communauté. D’où des comportements et une logique particulière pour assurer sa propre survie et celle du groupe… Les acteurs des pays du Sud en situation de précarité sont alors dans une logique conservatoire (« tu feras comme ton père »), où les principes relationnels, de solidarité et d’allégeance au groupe sont la réponse la plus adaptée. L’objectif n’est pas tant de chercher à améliorer son niveau de vie que de maintenir un mode de fonctionnement qui permettra au moins de « survivre ». Les notions de solidarité, le rapport au temps et beaucoup d’autres schèmes culturels diffèrent ainsi entre sociétés de précarité et société de sécurité.
En termes de coopération ou d’aide au développement, ces différences culturelles sont sources de fréquents malentendus et peuvent expliquer également l’échec de certains dispositifs ou projets mis en place par des acteurs du Nord à destination du Sud. En effet, les politiques de développement – publiques ou privées - mises en place à partir des années soixante participent toutes « d’une vision volontariste du développement, (…) reposant sur l’idée d’un lendemain maîtrisé, meilleur. (…) Le terme même de développement ne revêt pas le même sens et ces contradictions culturelles finissent par rendre le concept peu opératoire » (Michalon, 2000).

La notion de « projet » est par exemple un concept très intéressant. Dans nos pays industrialisés, nous avons une perception linéaire du temps qui nous incite à fonctionner en nous fixant des objectifs, afin de nous pro-jeter dans l’avenir. On gère son temps, le but étant d’en perdre le moins possible, voire d’en gagner… Dans les sociétés de précarité, la perception cyclique du temps rend caduque ces concepts ; l’instant présent est nettement plus important que le futur. Anticiper, se fixer des objectifs, construire des projets ne sont pas –dans la plupart des cas – des modes opératoires dans les sociétés de précarité.
Ceci rejoint également le point de vue développé par Olivier de Sardan. Il semble en effet qu’en matière d’aide au développement, les populations concernées par la mise en place de projets oscillent entre des comportements de sélection (prendre uniquement ce qui est « bon » dans le projet) et de « détournement » (utiliser les ressources d’un projet pour servir ses intérêts personnels). Ces deux approches « pouvant être considérées comme les formes de « l’appropriation » d’un projet par ses destinataires. Le paradoxe est que cette appropriation, souhaitée en son principe par tout opérateur de développement, prend des formes qui se retournent bien souvent contre les objectifs et les méthodes des projets » (de Sardan, 1995).
Il se dégage donc bien des logiques particulières au sein d’autres cultures. Trois d’entre elles (la recherche de sécurité, « l’assistancialisme » et l’accaparement) déterminent des comportements spécifiques chez les bénéficiaires, dans le domaine de la santé comme par ailleurs. Par exemple, difficile pour les acteurs locaux de s’appuyer à 100% sur la médecine occidentale même si celle-ci a fait ses preuves. Elle ne constitue pas un « système de sens » alternatif aux systèmes de sens « traditionnels » qui se situent pour une part dans un registre (…) à connotations « magico-religieuses » (de Sardan, 1995).

Nous retirons en tout cas de tout cela une certaine compréhension de la logique des acteurs des pays en voie de développement qui vient éclairer nos actions. Comment en effet ne pas s’interroger sur les tenants et aboutissants des projets que OdM met en place et/ou soutient ? Comment ne pas s’interroger sur les conditions de leur pérennisation compte tenu des éléments précédents ?
Il est sans aucun doute de notre devoir de se poser humblement ces questions pour que nous menions nos actions en véritable concertation avec nos partenaires. Une façon comme une autre d’œuvrer pour un peu plus d’équité et de justice dans ce monde criant d’inégalités.

A propos de l’interculturalité (Claire MAIER)

Culture et interculturalité
Le concept de culture est un concept vaste et particulièrement complexe. Bien que l’homme s’interroge depuis fort longtemps sur ce qui constitue son identité et la façon dont ses comportements sont influencés par le groupe, la communauté ou la société à laquelle il appartient, ce n’est qu’avec l’avènement de l’anthropologie et de l’ethnologie en tant que disciplines scientifiques que la culture et les phénomènes culturels sont devenus de véritables objets d’étude dès la première moitié du 20ème siècle.
Loin d’être un objet désuet, la question de l’interculturalité est particulièrement vivace à notre époque. Le phénomène de mondialisation à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines en est sans doute la cause principale. L’évolution des technologies, l’accroissement des échanges commerciaux entre pays et continents, la mouvance de l’échiquier géopolitique à l’échelle planétaire, l’augmentation des phénomènes migratoires et le brassage des populations qui en résultent ont modifié sensiblement les rapports humains au cours de ces dernières décennies. De nos jours, tout le monde ou presque est/sera un jour confronté à cette expérience de l’altérité, par le biais de rencontres avec des personnes issues d’une culture différente de la sienne.

La notion de culture peut faire l’objet d’un regard multifocal : approche historique, sociologique, anthropologique, ethnologique mais aussi psychologique, cognitiviste ou artistique, toute manifestation humaine peut passer au crible de la culture.
La culture n’est pas un objet statique mais s’appréhende notamment par les transformations politiques et sociales d’une société. S’il faut en donner une définition, nous pourrions retenir celle-ci : la culture est un « système de valeurs dynamique formé d’éléments acquis, avec des postulats, des croyances et des règles qui permettent aux membres d’une communauté d’établir des rapports entre eux et avec le monde, de communiquer et de développer les capacités créatrices qui existent chez eux » (UNESCO, 97). Cela renvoie donc à la fois à un vécu individuel et collectif ou social. Nous sommes empreints de notre culture, nous pensons, agissons et réagissons en fonction des schèmes culturels qui sont les nôtres et en présence de l’Autre, nous avons donc à instaurer un véritable dialogue.

C’est précisément l’enjeu de l’interculturalité. Qu’implique l’interculturel ? Une position « entre deux » ou la création de nouvelles identités ? L’interculturel met en jeu l’identité par rapport à l’autre, mais aussi la différence. « Un sujet s’identifiant à une culture se différencie des autres par des signes apparents, des symboles, des valeurs, des codes marquant l’appartenance » (HILY, 2001). Il s’agit donc d’entrer en relation avec un Autre, en restant avant tout ce que l’on Est. Les tensions qui se manifestent parfois dans nos rapports à l’étranger viennent de ce sentiment de non compréhension mutuelle et de l’angoisse quelque part de perdre son identité dans la relation.
Le pendant de ceci, c’est l’apparition de stéréotypes et préjugés chez le sujet, une tendance à l’ethnocentrisme qui vient parasiter la relation et nous empêche alors de considérer l’Autre pour ce qu’il Est lui aussi. Ce sont des écueils que nous chercherons d’ailleurs à éviter lorsque nous intervenons sur des projets de formation en contexte humanitaire, que ce soit pour des missions OdM ou dans d’autres circonstances.

La dimension culturelle en santé
Les actions d’OdM s’inscrivant surtout dans le domaine de la santé et de la (ré) éducation, nous proposons ici quelques réflexions sur la dimension culturelle en santé. Notre propos s’appuie essentiellement sur deux références : le modèle transculturel de Purnell(1998) et les apports de François Laplantine (2003) en matière d’anthropologie de la maladie.

Notons d’abord que « dans la perspective de Purnell, les termes transculturels, interculturels (…) sont utilisés de façon interchangeable pour signifier traverser, franchir ou entrecroiser sa propre culture avec une autre (spanning, crossing, intersetting » (Coutu-Walkulczyk, 2003).
Le modèle des compétences transculturelles de Purnell s’inscrit dans la lignée de différents cadres conceptuels qui ont été élaborés depuis les années 60 pour évaluer les besoins, planifier et mettre en œuvre des soins de santé culturellement. Il fournit un cadre de référence pour l’apprentissage des particularités culturelles, pour les professionnels de la santé ou les administrateurs des disciplines de santé.
Le modèle se présente sous forme d’un cercle comportant 3 cerceaux et 12 secteurs. Les cerceaux concentriques représentent la société, la communauté, la famille et de la personne. Ces éléments sont en interaction permanente entre eux et sont transversaux à chacun des 12 domaines culturels identifiés et aux concepts qui y sont reliés. Le centre peut être assimilé à un « trou noir », symbolisant l’ensemble des phénomènes inconnus mais bien réels qui se manifestent dans les comportements des individus. Une ligne située en dessous du cercle évoque également l’évolution du concept de « connaissance culturelle » chez les soignants ou plus largement « les intervenants ».

Ainsi donc, la personne peut être considérée comme « un être humain bio psycho socioculturel en constante adaptation (…) interagissant avec la collectivité, à l’intérieur des paramètres de la société globale » (Coutu-Walkulczyk, 2003).
En découle une vision particulière du concept de santé qui – du reste – est également un concept bien difficile à saisir. Il y a d’abord une notion d’intersubjectivité forte dans le concept de santé (se sentir malade ou se dire en bonne santé sont des caractères portant notre empreinte subjective). De plus, la santé est un concept très fortement « culturellement dépendant » ; la culture a un effet direct ou indirect important sur les perceptions et représentations que l’on a de la santé, de la maladie, du handicap.

Dans un essai remarquable, F. Laplantine (2003) cherche à classer les formes élémentaires de la maladie et de la guérison, afin de construire des modèles théoriques qui se veulent métas culturels. Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas tant les résultats de son étude (centrée sur une approche des systèmes étiologico-thérapeutiques existant au sein de la société française) que son positionnement.
En effet, Laplantine insiste sur le fait de devoir prendre en compte avec la même importance tous les discours sur la santé. C’est-à-dire aussi bien le point de vue médical, scientifique des spécialistes, que celui fondé sur les représentations populaires. La maladie peut être approchée en tant que connaissance objective médicale mais aussi comme processus impliquant la subjectivité du malade et du médecin. Ainsi, lors de nos missions OdM, nous devons prendre conscience que les propositions d’actions thérapeutiques que nous engageons vont parfois coexister avec des croyances populaires et qu’un recours aux tradithérapeutes sera souvent incontournable…
Il est ainsi important de se questionner sur ses valeurs et représentations de la maladie et du handicap lorsqu’on part en mission en contexte d’interculturalité. Il peut y avoir un décalage important entre nos attentes et celles des bénéficiaires, risquant d’être source de malentendus ou tout du moins de non intercompréhension entre les protagonistes de la relation.

La formation en contexte humanitaire (Claire Maier)

Problématique
La formation des professionnels de santé est de nos jours très fréquemment intégrée aux programmes d’intervention des Organisations Non Gouvernementales à vocation médicale et/ou de réadaptation dans les pays en voie de développement.
Dans une enquête menée en 2000 au sein de l’ONG Médecins sans Frontières (MSF), il ressort qu’une très forte proportion de missions humanitaires (85%) intègre des actions de formation des personnels de santé (Zerrouki et al, 2000). Si les auteurs établissent un distinguo entre les formations en contexte d’urgence, les formations en contexte post-urgence (acquisition de compétences sanitaires limitées) et les formations en zone stable (programme curriculaire conduisant à des compétences spécialisées), il n’en reste pas moins vrai que l’analyse des besoins et l’étude de faisabilité sont considérés comme des phases essentielles à l’élaboration de tout projet de formation.

En effet, les formations dispensées en contexte humanitaire présentent quelques spécificités : l’instabilité fréquente du contexte d’intervention, la transmission et l’acquisition de connaissances dans un milieu interculturel, l’hétérogénéité du public en formation, la nécessité de faire acquérir des compétences techniques et transversales, la (ré)insertion du personnel formé dans le système de santé, l’absence de ressources matérielles et humaines, le manque de formation pédagogique des acteurs de la formation, l’absence quasi-totale d’évaluation des actions de formation sont autant d’éléments à prendre en compte pour assurer la viabilité des projets de formation.
Leur intérêt n’est pas à remettre en cause mais ne doit pas faire oublier les autres moyens d’action dans la résolution d’une problématique (solutions médicales, économiques et politiques). La formation du personnel de santé dans les PVD est une nécessité, mais « c’est plus l’adéquation du type de formation au contexte et la nécessité d’utiliser une méthode pédagogique adéquate qui pose question » (Zerrouki et al, 2000).. Ceci est d’autant plus vrai que toute formation suppose des échanges, des transferts de savoirs et de compétences.

Il existe différentes sortes de projets de formation en santé en contexte humanitaire. Schématiquement, nous pouvons en décrire trois types :

  • les formations académiques, diplômantes et formalisées à l’issue desquelles les apprenants se voient remettre un diplôme reconnu par les autorités sanitaires du pays (c’est le cas de la formation d’orthophonistes bac+3 qu’Orthophonistes du Monde a mis en place à l’Ecole Nationale des Auxiliaires médicaux de Lomé (TOGO) en partenariat avec Handicap International et les autorités locales)
  • les formations non qualifiantes permettant de former des « assistants » (médicaux ou paramédicaux) appelés parfois aussi professionnels « de niveau intermédiaire » (Ex : aide kinésithérapeute, aide infirmier etc.). Le programme de formation est alors bâti pour répondre aux besoins du terrain, mais ne répond pas aux normes internationales académiques. La place de ces professionnels est ensuite plus ou moins reconnue par les autorités selon la situation dans le pays.
  • les formations de type « communautaire ». Bon nombre d’ONG forment ce que l’on appelle des « agents de réadaptation à base communautaire » (RBC). OdM participe aussi régulièrement à la formation d’agents RBC, notamment en Afrique de l’Ouest et du Centre.
    Les agents RBC peuvent en effet être considérés comme les premiers maillons de la chaîne des soins. La plupart du temps sans formation initiale particulière et aucun pré requis particulier, ces personnes – souvent désignées par leur communauté - bénéficient d’une formation de terrain pour être à même d’informer la population et mener des actions essentiellement de prévention (prodiguer des conseils pour limiter les facteurs qui pourraient aggraver la situation des personnes handicapées et référer les cas qui se présentent aux professionnels qualifiés).

Enjeux
Dans un projet de formation en santé (projet interculturel), il semble que ce ne soient pas uniquement les objectifs finaux qui sont importants, mais également la qualité du process (ce que nous désignons aussi par « la mise en œuvre »).
Dans le cadre de la conception ou du développement d’un projet d’action interculturel, le jeu des acteurs est orienté en fonction du rapport qu’ils entretiennent à la réalité et en fonction du rapport existant à l’Autre. Ainsi, les rapports sociaux interculturels peuvent être conçus sur un mode participatif, par opposition à un mode assimilationniste ou ségrégationniste tendant à éliminer les différences culturelles (Gasche, 2001).
Dans ce cas, les personnes chargées de la mise en œuvre du projet acceptent la diversité culturelle comme une richesse et agissent en vue de développer une dynamique dialogique. D’où la conception d’une certaine pédagogie des relations interculturelles que nous faisons nôtre : « On peut dire que les rapports interculturels entre individus appartenant à différents univers socioculturels sont des rapports pédagogiques, dès que l’un des acteurs est conscient de la différence qui le sépare de l’Autre et adopte, dans la poursuite de fins altruistes, une stratégie de communication et d’interaction qui tient compte de cette différence » (Gasche, 2001).

Le professionnel en charge d’un projet de formation est pris entre les objectifs du programme qu’il a à mettre en œuvre et l’exigence d’agir sur le terrain en respectant l’Autre dans ses différences. La reconnaissance de cette diversité est fondamentale pour établir une relation vraie entre deux partenaires et passer d’un rapport vertical (rapport de dominant/dominé) à une horizontalité des relations, condition indispensable à une relation de confiance entre les acteurs engagés.
Mais ceci sera lié également à la nature intrinsèque du projet de formation. Selon J.P. Boutinet, un projet de formation oscille entre le Dur et le Mou (deux pôles d’une échelle). D’un côté, le projet peut être centré sur les objectifs avec un programme, une méthodologie, des contraintes (le Dur) qui ne laissent place à aucune incertitude marquant le « faible écart que l’on entend tolérer entre théorie et pratique (…) et la subordination des paramètres humaines aux paramètres techniques » (Boutinet, 1987). D’un autre côté, le projet peut être orienté davantage vers son objet (plus centré sur le process que les objectifs), « travaillant à la promotion d’une activité porteuse de participation » (Boutinet, 1987), projet partagé, riche en relations humaines mais aussi projet fragile dont l’existence dépend toujours de l’implication effective ou non des partenaires.

Dans les formations en santé, cette polarité est particulièrement sensible. Dans notre cas, à OdM, elle nous interroge sur notre capacité à relativiser la part des connaissances/compétences transmises selon un programme conçu « à l’européenne » pour valoriser leur appropriation par les acteurs locaux, en référence aux valeurs culturelles du milieu.
En effet, chercher à (re)connaître l’Autre à travers sa culture favorise sans aucun doute des soins riches de sens et d’humanité. Et cela nous amène forcément à nous interroger sur notre propre culture, son identité, ses valeurs et croyances
Donner vie à un projet de formation en santé en contexte d’interculturalité nécessite donc d’appréhender les réalités culturelles du milieu afin d’optimiser les conditions de mise en place du projet de formation pour assurer sa viabilité et sa pérennité.

Comment fonctionne une association orthophonique de solidarité internationale ?(Elisabeth Manteau-Sépulchre)

Choix des missions.

Dans quels lieux ?
Depuis la création d’OdM, les missions sont toujours organisées en réponse à une demande adressée depuis le pays en développement par des écoles, des centres, des parents, des associations, des professionnels… Lorsque les besoins transitent par d’autres ONG, ou parfois par des collègues orthophonistes résidant à court ou moyen terme dans ces pays, OdM demande toujours à ce que la demande soit confirmée par les bénéficiaires locaux.
Comment les partenaires des pays en développement entendent-ils parler d’OdM ? Les médias professionnels sont des sources d’information mais également d’autres médias (la première mission au Togo avait été demandée à la suite d’une interview de Brigitte Marcotte sur RFI). Les contacts entre professionnels des pays où intervient OdM sont souvent sources de nouvelles demandes. L’information africaine passe également par d’autres liens, les africains appellent cela le « téléphone de brousse », ainsi lors d’une mission au Nord-Cameroun, trois professionnels tchadiens attendaient avec leurs homologues camerounais, sans qu’on n’ait jamais bien su comment l’information leur était parvenue.

Pour quel type de mission ?
Les premières demandes sont souvent larges et peu précises : besoin d’orthophonistes et d’orthophonie pour aider les enfants, les adolescents, les adultes en situation de handicap. Souvent les handicaps présentés sont eux-mêmes peu définis. Un travail préparatoire aux missions est alors nécessaire passant par des échanges qu’Internet a considérablement facilités ces dernières années. Comprendre qui sont les personnes qui demandent la mission, comment fonctionne le centre demandeur, les personnes qu’il accueille, les objectifs qu’il se donne, les moyens dont il dispose, etc. Cerner la connaissance qu’ont ces nouveaux partenaires de l’orthophonie et l’attente qu’ils ont d’une intervention. Mission de formation de personnels ? Mission d’appui au cours de laquelle les professionnels missionnés travaillent sur le terrain aux côtés des professionnels locaux pour définir avec eux ce qui pourrait améliorer leurs savoir-faire toujours présents ?
Ces échanges aboutissent alors à une première mission, toujours de courte durée puisque les missionnés, bénévoles, partent sur le temps qu’ils ont pu libérer, deux semaines le plus souvent. Au retour, le rapport de mission et le travail d’analyse auquel il conduit peut amener à proposer une seconde mission dont les besoins sont alors cernés de façon plus précise.

Travail en partenariat chaque fois que possible
Dans les régions où des partenariats constructifs ne parviennent pas à se mettre en place, on assiste trop souvent à une multitude de missions successives émanant de diverses ONG, sans liens, parfois même en contradiction dans les informations apportées. Dans ce cas, OdM tente d’œuvrer pour créer des liens en amont et/ou sur le terrain afin d’apporter de la cohérence et de la solidité au travail entrepris.
Dans une attitude de respect envers tous et dans le but d’aider à faire perdurer les actions, OdM cherche au maximum à travailler en partenariat avec les organismes et associations intervenant auprès des mêmes publics. Ces partenariats sont parfois ponctuels mais ont contribué à plusieurs reprises à la mise en place d’actions à moyen et à long terme (quelques exemples ci-après).
Partenariat avec des ONG internationales :
Ortho-Bénin pour des actions de formation des professionnels d’Afrique de l’Ouest et pour les Etats Généraux de la Surdité (EGS) qui ont rassemblé tous les acteurs de ce domaine intervenant en Afrique de l’ouest et du Centre en 2003 à Cotonou (Bénin), en 2006 à Lomé (Togo) et en 2011 à Ouagadougou (Burkina).
Handicap International pour la formation modulaire à Lomé en 2000, les EGS de 2003 et 2006 et la formation diplômante d’orthophonie mise en place à Lomé dès 2003.
Solimed pour des interventions auprès de professionnels dans le sud algérien
Kinés du Monde pour la reprise d’interventions en Asie avec des missions en Inde et au Bengladesh.
Partenariat avec des ONG locales : AVB (Association Vaincre le Bégaiement) du Mali, CODAS (COmité Diocésain de développement des Activités Sociales) du Nord-Cameroun, EFIS au Niger, TEJ en Algérie, etc.

L’exemple du Togo de 1997 à 2007 : d’une petite mission d’appui à la mise en place de la première formation d’orthophonistes en Afrique sub-saharienne
Au Togo, une première mission avait été demandée en 1996 parce qu’un psychologue scolaire avait entendu Brigitte Marcotte à la radio (émission de RFI) et avait expliqué par courrier les nombreuses difficultés rencontrées par les élèves togolais. Des premières missions d’appui puis de formation des éducateurs locaux furent organisées en 1997, 98, 99 dans des centres pour enfants « handicapés mentaux » (en réalité enfants porteurs de handicaps divers). Des contacts furent noués à cette occasion avec de nombreux partenaires togolais et avec Handicap International Togo, qui débouchèrent en 2000 sur la mise en place d’une formation modulaire sur les troubles du langage et leurs remédiations, à l’intention d’enseignants, éducateurs, infirmiers togolais. Le partenariat avec l’Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux (ENAM) de Lomé noué pour cette formation évolua vers la nécessité et la possibilité de création d’une formation diplômante en orthophonie qui ouvrit ses portes à des étudiants du Togo et d’autres pays francophones d’Afrique de l’ouest et du Centre en 2003. La première promotion d’orthophonistes de toute l’Afrique sub-saharienne francophone sortit diplômée de l’ENAM en 2007. De cette promotion sont issus les actuels enseignants togolais encadrant une formation qui perdure.

Qui assure les missions ?

Choix des missionnés
Etre sélectionné pour effectuer une mission suppose d’être adhérent. Cette adhésion est indispensable à l’assurance du missionné dans ses activités sur le territoire français et à l’étranger, mais au-delà de cette raison pratique, c’est un acte militant qui marque le soutien aux actions et l’adhésion aux principes éthiques et fonctionnels de l’association.
OdM tient à jour un fichier de candidatures, alimenté par des candidatures spontanées et fait également des appels à candidatures par le biais de ses organes de communication (La Brève, newsletter bi-mensuelle, La Lettre d’OdM, revue semestrielle, le site internet www.orthophonistesdumonde.fr) ou dans la revue de la FNO, L’Orthophoniste, qui lui ouvre largement ses pages au fil des mois.
Les missions sont assurées par une ou deux personnes, le plus souvent des orthophonistes, mais d’autres professions connexes à l’orthophonie sont parfois nécessaires pour mener à bien un projet : enseignant spécialisé, psychomotricien, audioprothésiste, etc.
Les personnes dont les candidatures semblent correspondre au profil recherché sont reçues par deux ou trois membres du Comité Directeur qui évaluent au mieux les compétences professionnelles, la motivation, mais également le partage de valeurs communes et les facultés d’adaptation des professionnels candidats.
En effet assurer une mission dans un pays en développement requiert la faculté de comprendre et respecter le contexte socio-économique et culturel de nos partenaires et la capacité de réinventer avec eux le travail très professionnel préparé en amont de la mission.

Etudiants… quelles actions humanitaires en orthophonie ?
Des étudiants contactent OdM pour avoir des renseignements … et souvent pour proposer d’assurer des missions. Ces demandes croissantes, émanant d’étudiants en orthophonie, (parfois même de futurs étudiants), représentent un signe encourageant : l’association est de mieux en mieux connue et répond aux préoccupations de nombreux collègues ou futurs collègues. Les jeunes générations, orthophonistes de demain, démontrent ainsi leur ouverture d’esprit, leur dynamisme, leur générosité.
OdM essaie de répondre individuellement à chaque contact, mais a jugé nécessaire en 2009 de clarifier et communiquer les limites de ces échanges.
« Les principes de fonctionnement de l’association, depuis sa création, reposent sur un certain nombre de règles éthiques parmi lesquelles le choix explicite d’envoyer en mission des professionnels formés et expérimentés. Confierions-nous en France l’organisation de prises en charge orthophoniques, a fortiori d’actions de formation, à des professionnels dont la formation n’est pas terminée ? Non, bien sûr. Notre profession a toujours défendu une exigence qui l’honore dans la réflexion sur la formation initiale et continue de ses pairs. Les partenaires d’OdM dans les pays en développement méritent-ils des prises en charge ou des formations de qualité moindre que celles que nous mettons en place en France ? Il nous semble que non. C’est pour cela qu’un des critères de choix, parmi les candidatures aux missions organisées, repose sur l’évaluation de la compétence, l’expérience, voire l’expertise dans les domaines concernés.
Pour autant, OdM comprend le désir impatient des jeunes collègues, ou futurs collègues, de s’impliquer dans des actions humanitaires, c’est même un désir sympathique. C’est ce même désir qui a poussé les aînés vers la création d’OdM et qui leur permet de « tenir le coup » dans la gestion au long cours de cette grande aventure commune.

Etudiants, vous préparez ou débutez des études d’orthophonie.
L’essentiel est de vous former du mieux possible, de façon théorique et clinique, notamment en recherchant et en vous investissant dans des stages variés et approfondis qui constitueront une première et incontournable formation de terrain. Parallèlement, un investissement dans des actions humanitaires ou associatives « généralistes » est la meilleure façon de rencontrer des professionnels ou des bénévoles expérimentés dans les actions d’aide aux personnes.
A l’étranger si vous le pouvez (de nombreuses associations humanitaires recherchent des jeunes disponibles pour des actions de volontariat), mais en France également, vous pouvez notamment expérimenter la rencontre respectueuse avec des personnes d’autres cultures, paramètre incontournable de la remise en question de nos pratiques humanitaires.
Ces expériences d’engagement représentent un atout important pour la pratique orthophonique à l’étranger - et même en France – et nous en tenons compte dans les sélections ultérieures.

Etudiant en orthophonie, vous recherchez un stage.
Nous n’avons pas le temps de vous aider à rechercher de stages à l’étranger, et cela ne relève pas de notre mission. Par ailleurs un stage n’est pas une simple expérience de découverte professionnelle, si intéressante et formatrice soit-elle, mais un véritable acte de formation, assuré par un professionnel diplômé. Or, dans la plupart des pays dans lesquels nous intervenons, il n’y a pas d’orthophoniste diplômé. Par ailleurs, les rares lieux de stage doivent être offerts en priorité aux étudiants en orthophonie des pays en développement qui, eux, n’auront pas la chance d’avoir d’autres stages à disposition.
Des actions de volontariat humanitaire à l’étranger peuvent constituer des expériences humaines complémentaires qui seront des atouts pour la réflexion et l’engagement futurs. Nous n’avons pas le temps ni les moyens de vous aider à les rechercher ni à les organiser mais lorsque des étudiants peuvent le faire, seuls ou avec l’aide d’autres associations, nous ne refusons jamais de répondre à des questions précises ou des demandes de conseils dans la préparation de ces actions.

Etudiant en orthophonie, vous voulez faire un mémoire concernant un domaine de l’exercice humanitaire de l’orthophonie.
Un mémoire d’orthophonie doit constituer une étude personnelle d’un aspect de la pratique orthophonique, il est issu de l’observation clinique, de lectures, de rencontres, d’échanges, etc, et concerne une thématique donnée qui consiste à transformer la question de départ en un questionnement scientifique. La méthodologie consiste à mettre en œuvre des procédures destinées à confronter la ou les hypothèses théoriques au terrain. (source www.unadreo.org)
Nous recevons de très nombreuses demandes d’étudiants désirant faire leur mémoire autour de l’exercice humanitaire, avec des sujets plus ou moins définis. L’ « orthophonie humanitaire » est un thème trop large pour représenter en soi un sujet de mémoire. Comme dans tout autre domaine, définir un sujet d’étude suppose qu’on ait pu l’approcher, en amont, d’un point de vue théorique et clinique.
Nous ne pouvons pas répondre à des questions larges comme cet exemple de questionnement à propos d’un mémoire envisagé dans un pays africain :

  • la prise en charge médicale (formation des professionnels, centres d’accueil, suivi et coûts de la prise en charge)
  • la prise en charge paramédicale (formation des professionnels, historique des interventions étrangères et partenariats, structures de soin, conditions de travail, outils pédagogiques)
  • la prise en charge scolaire (formation des professionnels, structures d’accueil, conditions de travail, outils pédagogiques)
  • la prise en charge associative, etc.

Rassembler les éléments permettant de répondre à des questions comme celles-ci représente un réel travail pour lequel aucun membre d’OdM n’a de temps libéré. On peut également se questionner sur l’apport personnel d’un mémoire où ce travail préliminaire de recherche d’informations n’est pas réalisé par l’étudiant lui-même. Comme beaucoup d’autres professionnels, nous ne refusons pas en revanche d’apporter notre contribution en répondant à des questions précises lorsque le sujet est déjà bien défini avec un directeur de mémoire, dans son thème et sa méthodologie.

Etudiant ou jeune orthophoniste, vous souhaitez travailler à l’étranger.
N’oubliez pas que les missions OdM sont dans leur grande majorité de courte durée puisque bénévoles. Il arrive toutefois que des missions en partenariat avec d’autres associations soient de plus longue durée (et donc rémunérées sur la base des salaires de volontariat), elles font alors l’objet d’un appel à candidatures, auquel chacun peut postuler, et d’une sélection. OdM communique également sur son site des offres d’emploi transmises par d’autres ONG ou organismes.
Par contre, nous ne sommes pas en mesure de répondre aux nombreuses questions relatives aux modes d’installation dans des pays étrangers. D’autres organismes comme la FNO ou le CPLOL peuvent souvent apporter des éléments de réponses
Lorsqu’un collègue prévoit de partir travailler dans un pays de notre zone d’interventions possibles (hors union européenne), nous ne refusons jamais de transmettre des éléments d’informations ou des contacts lorsque nous en avons. En retour, nous sommes toujours intéressés par les témoignages que des collègues peuvent nous apporter de la situation de l’orthophonie, et de la prise en charge des handicaps en général, dans d’autres pays.

Etudiant, vous souhaitez participer à OdM …
Vous pouvez adhérer à notre association (il existe un tarif réduit d’adhésion pour les étudiants, les personnes en recherche d’emploi ou les collègues des pays en développement). Sans ses adhérents OdM n’est rien, seules les adhésions et les dons, si minimes soient-ils, financent nos projets, nos missions. Vous pouvez rechercher des fonds d’autres façons. Des initiatives de « vide-greniers » ou de ventes de crêpes, etc. ont déjà apporté des sommes substantielles et bienvenues. Vous pouvez nous aider à récupérer des prothèses auditives d’occasion en bon état qui serviront à appareiller des enfants sourds en Afrique ou ailleurs.
Vous pouvez nous aider à faire connaître OdM auprès des autres étudiants, des professionnels de vos lieux de stage, et de votre entourage car il n’est pas nécessaire d’être orthophoniste pour adhérer à OdM … Vous pouvez essayer de ne pas oublier OdM lorsque vous serez installés dans la profession … surtout lorsque nous vous avons donné un coup de main pour des recherches au cours de vos études …
Vous pouvez vous tenir au courant de la vie de notre association en lisant La Lettre d’OdM que vous recevez si vous êtes adhérent et en visitant notre site internet www.orthophonistesdumonde.fr.Vous pourrez venir nous rencontrer, échanger avec nous et avec les collègues partis en mission lors de nos assemblées générales. Nous comptons sur vous, c’est vous qui prendrez notre relai demain. ».

Fonctionnement pratique

3.3.1. Financement
OdM n’est pas subventionné par des pouvoirs publics ni des institutions privées. Sa source principale de revenus consiste dans les cotisations de ses membres. Quelques dons, le produit de petites ventes, les apports en matériel de prestataires proches du milieu de l’orthophonie, complètent ses budgets. Des contributions ponctuelles sont parfois apportées par des organismes privés pour certaines actions d’envergure (comme les Etats Généraux de la Surdité).
La trésorerie est assurée dans un souci de grande transparence et les comptes présentés aux adhérents en assemblée générale sont rendus publics sur le site de l’association.

Lorsqu’OdM décide et organise une mission, son montage est tripartite :
OdM prend à se charge les frais de transport (les billets d’avion constituent la grande partie du budget), les frais de visas, l’assurance, etc.
Les professionnels missionnés offrent bénévolement leur temps et leur savoir-faire.
L’institution ou les individus ayant demandé la mission assument l’hébergement et la nourriture. Au début des échanges, cette clause surprend parfois et déroute par rapport aux habitudes des interventions dans les pays en développement, mais nos correspondants comprennent généralement que cela évite un poste budgétaire à l’association et, surtout, fait d’eux des partenaires à part entière du projet partagé.

3.3.2. Contrats
L’organisation d’une mission repose donc sur un double un engagement contractuel :
Entre OdM et le partenaire local qui demande la mission,
Entre OdM et le(s) professionnel(s) qui assure la mission (voir termes de ces contrats en annexe)

3.3.3. Les missions
Depuis la création d’OdM (vingt années) de nombreuses missions ont été réalisées : missions d’appui et/ou de formation :
Dans plusieurs parties du monde :
Afrique de l’Ouest : Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina, Mali
Afrique centrale : Cameroun, Rwanda, Congo-Brazzaville, Gabon
Océan Indien : Madagascar
Maghreb : Maroc, Algérie
Proche-Orient : Liban
Asie : Vietnam, Philippines, Inde, Bengladesh
Amérique du sud : Brésil
Europe de l’est : Bulgarie, Roumanie (avant leur entrée dans l’Union Européenne)
De nouveaux pays ont demandé des missions en 2012, notamment la Mauritanie, Haïti et l’Arménie
Pour plusieurs domaines de problématiques :
Dépistage, reconnaissance et prise en charge des troubles du langage en général, et tout particulièrement la contribution à la mise en place de formations diplômantes en orthophonie au Liban et au Togo
Surdités
Infirmité Motrice Cérébrale et handicap moteur
Fentes labiales et autres pathologies oro-faciales
Neurologie
Handicap mental et trisomie
D’autres problématiques commencent à faire l’objet de demandes de missions, notamment l’autisme

Conclusion

Les associations œuvrant dans le domaine de l’orthophonie ne sont pas nombreuses mais OdM n’est pas la seule association humanitaire et on peut citer :
Ortho Bénin, qui intervient précisément dans le domaine de l’orthophonie,
HI (Handicap International) et la DCC (Délégation catholique pour la Coopération), associations intervenant dans le domaine du handicap de façon plus générale,

OdM a des adhérents travaillant dans d’autres pays francophones. Certains réfléchissent à l’idée de monter des missions à partir de leur pays. OdM n’a pas les moyens humains de créer des antennes délocalisées et n’a pas vocation à le faire, mais répond présent pour épauler de telles initiatives si elles se concrétisent, ainsi un projet québécois qui est entrain de mûrir et qui serait sans doute bien placé pour répondre à des besoins recensés en Amérique du Sud.

OdM aura réussi son rôle le jour où les pays en développement n’auront plus besoin de ses missions … ce qui n’est pas en vue dans un proche avenir. Toutefois, l’évolution même, quantitative et qualitative, des demandes montre que l’orthophonie est mieux connue et recherchée par et pour de nombreux publics, dans de nombreux pays. La troisième promotion des orthophonistes africains sera diplômée en juin 2013 et de nouveaux collègues vont s’installer au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Congo, au Gabon, au Cameroun. Ils ne sont pas nombreux mais jouent à merveille leur rôle de pionniers (Manteau M, 2007) et formeront de nouveaux étudiants à la rentrée 2013-2014. Leur rôle est difficile dans des pays où tout est à créer mais ils sont dynamiques et compétents et ont un autre atout : les liens qu’ils ont créés entre eux et qu’ils veulent faire perdurer (Gascoin, 2010).

Quant aux professionnels partis en mission, tous disent que s’ils ont offert leur temps et leur travail pour préparer les missions, les effectuer, parfois dans des conditions difficiles sur le plan climatique, socio-politique, matériel, puis en assurer une analyse et un suivi, ils ont aussi beaucoup appris et beaucoup reçu sur le plan humain mais également sur le plan professionnel.
Ainsi ils (ré)apprennent à être des orthophonistes « aux mains nues » (Manteau-Sépulchre, 2003) : Notre pays « est un peu en période de vaches maigres et des choix budgétaires s’imposent. Mais nous savons qu’au fil des années notre équipement se complètera. Nous demandons la documentation qui nous aidera à perfectionner nos savoirs et nos savoir-faire, et le matériel qui nous permettra de renouveler, compléter, enrichir la palette de moyens techniques nécessaires à nos séances. Et nous avons raison de vouloir ces améliorations matérielles, non pour notre confort mais pour celui de nos patients. Pourtant…
Pourtant dans d’autres pays, la documentation est rare, le matériel spécialisé quasiment inexistant. Même le matériel de base manque souvent dans les écoles et les centres spécialisés : dans des pays où les dispositifs de santé sont insuffisants, où on n’a pas partout l’électricité, ni même l’eau courante, on assied les enfants à quatre sur un banc de deux places, on écrit à la craie directement sur les tables parce que le papier est une denrée coûteuse et que les ardoises même sont rares.
Un travail est-il pour autant impossible ? Non, bien sûr. Dans la province du Nord-Cameroun des agents de santé, travaillant en RBC (Réadaptation à Base Communautaire), sillonnent les villages de brousse à moto. Parcourant une centaine de kilomètres de pistes par jour, ils vont dans les familles faire la prévention, le dépistage et la prise en charge des handicaps sensoriels ou moteurs (ils soignent aussi les problèmes ophtalmo, administrent les médicaments aux personnes épileptiques, etc.). Ils nous demandent de les aider par nos connaissances théoriques et pratiques mais leur savoir-faire est étonnant.
Qu’ont-ils comme matériel pour prendre en charge autant de handicaps divers ? un cartable, une ardoise, des craies, un peu de papier et un crayon … Installés au centre du village, dans la cour des maisons, se basant sur la connaissance et le respect des personnes, de leurs langues, de leurs religions et de leurs coutumes, les agents savent lisser un mur de terre pour improviser un tableau, remplacer les imagiers par des objets et des dessins esquissés sur une ardoise, utiliser des pierres et des brindilles pour des activités logico-mathématiques, faire du rythme sur un banc de bois.

Alors, comment les aider ? Comment partager notre expérience avec eux ? Il nous faut débarrasser notre expérience de son contexte habituel et revenir à ce qui est peut-être la source de l’orthophonie, redécouvrir que la communication et le langage se développent dans n’importe quel contexte matériel à condition de privilégier l’humain. Il nous faut ré-interroger nos connaissances linguistiques et nos certitudes éducatives, mais aussi réapprendre à utiliser les sensations tactiles et vibratoires à défaut d’appareils d’amplification, à utiliser des graines sèches et des bois légers pour faire de l’éducation auditive, à privilégier le regard, à mimer, à dessiner dans le sable …
Est-ce à dire que nos collègues de ces pays moins riches que les nôtres ne méritent pas le matériel dont nous disposons ? Non, bien sûr, et chaque fois que nous pouvons faciliter leur travail en apportant du matériel, à condition qu’il soit adapté aux réalités locales, il faut le faire, et militer dans ce sens. Mais sans doute cette expérience de travail « à mains nues » peut-elle nous faire réfléchir sur ce que les progrès techniques ne remplaceront jamais : le regard, l’écoute, la compréhension et aussi l’imagination.

Dans ces incroyables expériences humaines que nous vivons dans les missions OdM, nous partageons avec nos partenaires ce que nous savons et nous imaginons ensemble ce que nous pourrions faire. Et ce que nous apprenons à faire avec eux, aujourd’hui, comme orthophonistes aux mains nues, nous saurons encore mieux le faire, demain, avec les moyens techniques dont nous disposerons. »
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Annexe

Extraits du contrat signé avec les professionnels missionnés par OdM

PREPARATION DE LA MISSION.

  • Orthophonistes du Monde vous donnera toutes les précisions en sa possession concernant les attentes des partenaires qui ont demandé cette mission. Si nécessaire et si possible, OdM pourra également vous mettre en relation avec des collègues ayant mené des missions de même type ou vous confier leurs rapports de mission. OdM pourra également vous procurer de la documentation technique si vous ne pouvez pas la fournir.
  • Les partenaires avec lesquels vous travaillerez lors de cette mission sont généralement demandeurs de toute documentation relative à leur exercice et tout ce que vous pourrez laisser sur place sera utile. Si vous avez des frais de photocopies pour leur laisser cette documentation, OdM pourra les prendre à sa charge. (Il faut savoir que dans la plupart des pays en voie de développement, on peut photocopier à un coût peu élevé ; il est donc inutile de se charger de photocopies en plusieurs exemplaires).
  • Vous préparerez cette mission de façon détaillée en professionnels qualifiés. Néanmoins vous devez penser que la majorité de nos partenaires n’ont pas le même bagage théorique que vous et que vous devrez vous adapter à leurs connaissances et à leurs demandes. Il est également important de tenir compte des différences culturelles. Vous serez certainement surpris, déconcertés par ce décalage, il faut vous y préparer et savoir que très souvent on doit remettre en cause sur place la préparation qu’on a faite. OdM attend de vous des compétences professionnelles mais également souplesse, ouverture d’esprit et respect de nos partenaires.

FINANCEMENT.
Cette mission est bénévole, vous en avez accepté le principe.
Orthophonistes du Monde s’engage à financer
les frais de déplacement (billet d’avion + transport sur la base SNCF seconde classe en France, de votre résidence à l’aéroport + transport dans le pays où vous vous rendez selon des modalités que nous étudierons ensemble en fonction de leur coût et de leurs conditions de sécurité)
les frais de visa
les frais de vaccins exigés et de traitement antipaludéen si nécessaire
les frais de matériel nécessaire à votre mission, après accord entre nous
nous pouvons également fournir du matériel pédagogique ou de documentation d’occasion, parfois neuf
pour toute dépense dont vous demanderez remboursement à OdM vous devrez conserver un justificatif
Sauf accord préalable, vous ne demanderez pas de don financier ni en matériel à d’autres organismes pour cette mission.
Vous vous engagez à ne pas demander à OdM ni à nos partenaires de défraiement ou compensation pour votre disponibilité pendant toute la durée de la mission.

HEBERGEMENT.
Les partenaires du pays dans lequel vous vous rendez se sont engagés à assurer votre hébergement et votre nourriture. Nous leur demandons un hébergement assurant la sécurité des personnes et un confort minimum pour pouvoir travailler (douche, etc) ; néanmoins il s’agit rarement d’un hébergement « trois étoiles ». Merci de vous en satisfaire et ne pas avoir d’autres exigences envers vos hôtes. En cas de gros problème, joignez votre correspondant qui interviendra ou verra avec vous ce qu’il convient de faire.

NOURRITURE.
Mêmes recommandations pour accepter ce que nos hôtes peuvent vous proposer. Si vous avez un régime particulier ou d’autres contraintes alimentaires, il est indispensable de nous prévenir suffisamment tôt afin que nous voyions avec vos hôtes avant votre départ si ces contraintes peuvent être respectées. N’oubliez pas qu’un repas dans un restaurant un peu chic ou simplement un « pot » dans un hôtel international représentent le prix de plusieurs repas pour nos hôtes ; merci de ne rien exiger dans ce sens.

SECURITE.

  • Vous êtes assurés par OdM pendant votre mission.
    Orthophonistes du Monde, avant de « monter » une mission, prend du temps pour connaître les partenaires qui la demandent et également pour se renseigner sur les conditions de sécurité de la région dans laquelle cette mission doit se dérouler.
    Avant votre départ, vous devez impérativement vous inscrire sur le site du Ministère des Affaires Etrangères, dans la rubrique « conseils aux voyageurs : Ariane » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/co...). C’est une mesure de sécurité indispensable en cas d’accident nécessitant un rapatriement ou en cas de trouble politique grave dans la région.
    Tenez compte également des conseils de prudence donnés par vos hôtes (lieux et heures de sorties, etc).
    Merci de nous laisser ci-dessous les coordonnées d’une personne de confiance à joindre en cas d’urgence …
  • Le matériel personnel que vous emporterez éventuellement pour la mission (ordinateur par exemple) peut également être couvert par l’assurance d’OdM ; signalez-le nous avant votre départ. Nous vous conseillons toutefois de ne pas emporter de matériel trop précieux ou trop fragile, les voyages et les climats extrêmes ne sont pas sans conséquences et les risques de vol existent.

ETHIQUE.
Vous allez être le représentant d’Orthophonistes du Monde sur le lieu de votre mission, cela suppose que vous soyez en adéquation avec les principes de l’association.
Avant votre départ,
lisez ce que nous publions dans La Lettre d’OdM et sur notre site internet, cela et qui reflète nos actions et nos idées
posez toutes questions aux membres du Comité Directeur avec le(s)quel(s) vous préparerez cette mission
Sur le lieu de votre mission,
respectez les grandes lignes du projet établi avant votre départ
ne prenez pas d’engagement au nom de l’association
avec les partenaires de la mission et les autres personnes éventuellement rencontrées (représentants politiques, institutionnels ou privés) n’oubliez pas qu’Orthophonistes du Monde intervient en réponse à des demandes de partenariat dans le plus profond respect des idées, de la culture et des coutumes de ses partenaires ; nous n’avons pas à nous substituer à leurs pratiques, rien à imposer, rien à prouver ; l’échange et le partenariat sont au centre de nos projets et de nos actions.

RETOUR DE MISSION.
Votre mission ne se termine pas à l’aéroport.
Vous vous engagez à nous fournir, dans le meilleur délai possible, un rapport de mission à usage exclusif du Comité Directeur qui servira à l’évaluation de la mission et à la préparation des missions ultérieures
Ce rapport de mission doit comporter :
L’organisation du séjour et un rapport d’activité, analyse de la situation locale et des conditions de travail,
les noms et adresses précises de vos interlocuteurs
les points positifs et négatifs de la mission
tout élément d’analyse et de réflexion que vous jugerez intéressant de nous préciser
vos propositions de suites éventuelles à donner
Par ailleurs Orthophonistes du Monde est intéressé par toute proposition d’article(s) à publier
dans La Lettre d’OdMenvoyée à tous nos adhérents et partenaires (en France et à l’étranger), ce qui suppose de ne pas écrire de propos de nature à gêner ou mettre en difficultés nos partenaires étrangers
dans l’Orthophoniste (revue de la FNO qui nous ouvre largement ses colonnes), revue professionnelle intéressée par des articles ayant une teneur plus « technique »
Vous pourrez également être sollicités pour des présentations lors de nos assemblées générales par exemple.

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Références bibliographiques

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